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Monblôg


Monblôg aime qu'on lui flatte les flancs mais aussi qu'on lui corrige l'orthographe, qu'on lui fasse des compliments, des gouzis-gouzas ou qu'on lui offre des dessins.
Attention : ça reste une bête sauvage !
Dessin de SAD.

Inspired by...






La Boule d’Awhan, vous connaissez ?

Non, ce n’est ni du vin ni du fromage…

 

C’est un monde qui s’étiole mais qui demeurera éternel grâce à la plume d’un chroniqueur farfelu, Lug-Uleth Darkhaz (dit Lud) protégé dans ses pérégrinations par Monblôg le gardien du grimoire. Un univers que je vous laisse découvrir à votre guise.

 

Bonne lecture !

 

9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 00:42

Chapitre III :

 

L’entrée de la crypte se trouvait sous une trappe juste derrière l’autel. Il faisait très sombre là dedans et avant de descendre Tobo prit soin de s’équiper d’un cierge pour pouvoir s’éclairer une fois en bas. Le boucher considérait la fosse d’un regard inquiet. Il se demandait probablement ce qu’il allait trouver dans ce sous-sol et surtout, s’il en sortirait vivant. Il était toutefois rassuré par le fait que le démon n’avait pas donné signe de vie depuis un bon moment.

Enfin, puisqu’il fallait y aller, il y alla. Il posa d’abord le pied gauche sur l’un des barreaux de l’échelle puis le pied droit. Malheureusement les échelons cédèrent un à un sous le poids de Tobo qui dégringola dans un affreux vacarme. Par chance le trou n’était pas très profond et il retomba sur ses pieds mais… le raffut avait fait sortir le monstre de son silence.

« GROUIIIIIIIK !!! »

Désormais l’homme était sur ses gardes mais avec la peur au ventre. Il avança dans le dédale des catacombes de Kermelen.

 

***

 

Pendant ce temps Au pieu d’Alucard, les villageois lançaient les paris sur les chances de revoir le brave type vivant ou d’être obligé de piéger le prochain clampin qui passerait par Kermelen pour se débarrasser de l’immonde créature qui les hante.

 

***

 

Tobo avançait prudemment dans la crypte avec dans sa main gauche le cierge allumé et dans l’autre une grosse feuille de boucher. Le sol était jonché d’ossements qui craquaient sous ses pas et rendaient l’avancée très angoissante. Il y avait un véritable réseau de couloirs sous le temple mais chose sécurisante, la sortie était indiquée à chaque croisement. Le boucher guettait le moindre indice pour trouver l’antre du démon mais faisait surtout confiance à son instinct et à la bénédiction de Gépéhës la déesse des voyageurs et explorateurs en tous genres.

« GROUIIIIIIKK !!! GRUIK ! »

Le boucher s’immobilisa. Le démon devait être tout proche de lui à en juger par la qualité sonore du cri. Il entendait des pas sur le sol, un bruit similaire à des sabots de poney piétinant les pavés d’une rue. Sans doute le démon était-il un métamorphe [1]. L’inévitable confrontation semblait se rapprocher et ne s’annonçait pas simple.

Le labyrinthe semblait terminer en un cul de sac. Une grille marquait l’entrée d’une vaste salle dans laquelle s’engouffra Tobo. Il s’agissait certainement du tombeau de l’un des premiers seigneurs de Kermelen et c’est là que le démon se trouvait. Le détaillant en viande animale pouvait l’entrapercevoir dans la pénombre et l’entendre respirer. La bête devait être l’esprit du défunt revenu hanter les habitants du village pour une quelconque raison. Lorsqu’elle chargea sans prévenir et en poussant un cri féroce, Tobo crut que sa vie allait s’achever et il cria comme une véritable Dévouée de Baldakïn en pleine transe mystique [2].

 

***

 

La pluie avait cessé de tomber soudainement sur le petit village et alors que les paris venaient de s’achever voilà ce que les habitants entendirent.

« GOUIIIIK GROUIKK AHH AHHHHA GROUIK AHHH !!! »

Ce cri mi-humain mi-indéfinissable semblait venir des entrailles de la terre. Dans la taverne, les hommes se cramponnèrent à leurs bières, dans les chaumières les femmes se cramponnaient à leur ouvrage ou au dernier chiard qui venait d’agrandir la famille.

Un homme accoudé au comptoir s’exclama :

« On dirait bien qu’on reverra pas le boucher de si tôt !

- Ouais… Encore un qu’aurait mieux fait de passer son chemin. »

Mais laissons les villageois à leurs considérations et allons plutôt nous occuper de ce qui est en train de se passer six mètres plus bas.

 

***

 

Ce hurlement était en fait celui de Tobo mêlé au féroce cri démoniaque de la bête. Le boucher avait pris ses jambes à son cou et fonçait vers la sortie tout en essayant de rassembler ses esprits. Que venait-il de déranger ? L’esprit d’un druide du temps jadis, une liche égarée, un troll des cavernes ? Pourtant non, il lui avait bien semblé reconnaître un sanglier. Oui, ça ne pouvait être que ça, il en était convaincu, un simple porc sauvage avec certes de longues défenses marmoréennes mais rien de plus. Le démon n’était en fait qu’un vulgaire sanglier pris au piège dans la crypte. L’espoir revint dans le cœur de Tobo Courbrain qui se voyait déjà triomphant.

En pleine course il fit un bond de côté pour déstabiliser la bestiole qui le chargeait et s’empara de son plus long couteau ayant laissé tombé la feuille de boucher dans sa fuite. Le cierge était toujours allumé et même si de la cire lui était tombé sur les mains, l’adrénaline du chasseur prenait le dessus sur la douleur physique. Tobo serrait les dents. Le sanglier tenta de freiner mais glissa sur les ossements concassés sur le sol et alla s’estourbir contre une statue. C’est le moment que Tobo jugea le plus opportun pour se ruer sur la bête et lui porter plusieurs estocades mortelles.

« YaaaAAAHHH CRÊVE CHAROGNE !!! »

La bataille fut donc de courte durée et le boucher affichait le sourire satisfait du héros ayant accompli son devoir. Les yeux exorbités, l’écume aux lèvres, il avait tout du féroce barbare trucidant un ennemi. Il pensa qu’une si belle prise allait lui permettre de bien remplir l’étal de sa nouvelle boucherie sur la place du village et entreprit de remonter le sanglier à la surface. Il traîna donc la bête non sans mal jusqu’à la sortie de la crypte.

Quelle ne fut pas sa stupeur lorsqu’il arriva devant l’échelle qui remontait dans la nef du temple. Il allait devoir escalader le puits mais ne voulant pas laisser sa proie, il aiguisa ses lames et découpa le « Démon ». Il remonta ainsi sa proie morceau après morceau avant de frapper à la grande porte du temple pour demander qu’on lui ouvre, ce que fit rapidement Léonaire Groubold.

« Nom d’un cerisier à poire ! Vous l’avez eu ?

- Ouais, il est sur l’autel là bas, fraîchement découpé et prêt à être assaisonner, fit remarquer non sans frimer, Tobo, le désormais boucher de Kermelen.

- Bah ça alors ! Faut qu’j’aille prév’nir les aut’es. »

Et le vieux s’empressa de traverser la place du village pour répandre la bonne nouvelle.

 

Un triomphe fut fait à celui qui devenait alors le boucher de Kermelen car même si le démon s’était révélé être un simple sanglier, Tobo Courbrain avait tout de même prouvé sa bravoure et méritait sa récompense. Et puis il fit une tellement bonne andouille avec sa prise que les villageois n’auraient pas voulu se débarrasser d’un aussi bon artisan. D’ailleurs, aujourd’hui encore le petit village de Kermelen est célèbre pour ses charcuteries de sanglier et une fois par an, on y organise la fête des andouilles [3]. Une manifestation populaire qui amène des gastronomes de toute la Breizhie.

 

FIN

 

[1] On dit que les dieux, les druides et certaines créatures d’outre-tombe sont capables de prendre diverses formes animales. C’est le principe de métamorphisme.

[2] Baldakïn, dieu de la luxure prend parfois possession du corps de ses serviteurs qui lâchent de drôles de hurlement en convulsant. C’est ce que l’on appelle la transe mystique.

[3] Les descendantes de Tobo Courbrain sont d’ailleurs régulièrement élues Miss Andouille de l’année durant cette fête.

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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 03:43

Chapitre II :

 

Les grands pontes du village s’étaient attablés autour du boucher qui venait d’accepter de bouter le démon de Kermelen hors de la crypte du temple. La bière coulait à flots et Tobo négociait le bout de gras. Il était parvenu à un accord des plus intéressant incluant une boutique sur la place principale du village et devenait également l’unique fournisseur en viande de l’auberge Au pieu d’Alucard. Tout cela, à condition bien sûr qu’il réussisse dans sa tâche peu enthousiasmante.

Les conditions ayant donc été acceptées par le conseil du village et le peut-être futur héros de Kermelen, la discussion se recadra sur le véritable problème.

« Bon, maintenant que nous sommes d’accord sur la récompense, j’aimerais en savoir un peu plus sur ce démon. Est-ce la première fois que vous avez à faire à un tel maléfice ?

Les différents personnages attablés échangèrent des regards un peu perdus et apeurés. C’est le tavernier lui-même qui répondit tout en resservant une énième tournée.

« Bah en fait ouais. Jusque là on n'avait pas été trop emmerdés avec des histoires de sorcellerie. On sait pas de quoi ça peut venir, on fait tout bien comme il faut pour pas fâcher les dieux ou les oiseaux de passage un peu louches. C’est bizarre.

- En même temps les esprits c’est toujours un peu susceptible, coupa Léonaire.

- Mais vous n’avez donc pas de milice pour s’occuper de ce genre d’affaire ?

C’est un homme frêle et visiblement déjà éméché qui voulut répondre :

- Ils se sont fait…

- Enrôlés par l’seigneur Melwech qui a besoin d’hommes pour repousser les Norhömiens à l’est, intervint de nouveau Léonaire qui visiblement voulait être au centre de la discussion.

Un malaise s’installa de nouveau et le silence ne fut perturbé que par quelques gouttes d’eau qui commençaient un récital en frappant le toit de la bâtisse. C’est alors qu’une remarque très utile pour ceux qui auraient des problèmes d’ouïe fusa au sein de l’assemblée :

- V’là qui va s’mettre à tomber des cordes, on dirait…

- Mouais…

- Quelqu’un l’a vu au moins ce démon ? Renchérit Tobo avec une certaine appréhension.

- Bah en fait non, répondit le tavernier qui semblait toujours vouloir commencer ses réponses par « bah en fait ». Rien que de l’entendre il nous fout les miquettes pour vous dire. Alors oser descendre dans la crypte pour voir ce qu’il en est, vous n’y pensez pas !

- En même temps, si ! J’y pense, c’est pour ça d’ailleurs que vous allez me payer grassement.

- Même qu’il s’rait p’t’être temps pour vous d’y aller mon brave, on a assez taillé la bavette, fit remarquer le doyen du village.

- Ouais, minute ! Faut que je me prépare. Mais sachez que la prochaine bavette que je taillerai sera dans l’cul d’une de vos vaches ! [1] »

Sur cette remarque, le boucher leva sa choppe jusqu’à ses lèvres purpurines et la descendit d’un trait. Après quoi il se leva et se dirigea vers la porte de l’auberge. Le conseil du village se leva alors également avec empressement pour suivre le sauveur.

Dehors les rues étaient désertes. Les villageoises et leurs enfants attendaient sagement dans les chaumières que la besogne soit faite. Les villageois, eux, entouraient la roulotte de Tobo s’équipant avec méthode.

Il passa d’abord une cotte de maille puis un tablier en cuir épais et coinça dans sa ceinture un grand nombre de couteaux de différentes tailles, un fendeur d’os, des crocs et une petite pierre à aiguiser. Lorsqu’il sortit de sa carriole accoutré tel un boucher chevalin s’apprêtant à affronter une vache folle, il impressionna grandement la populace.

« Allons faire la fête à ce monstre qui vous importune ! »

Tobo avait pris son temps pour trouver la bonne formule tout en s’équipant et il était ravi que personne ne trouve rien à redire à la tournure magnifique de cette phrase héroïque.

 

[La feuille de Tobo – Relique conservée dans le temple de Kermelen]

 

Le commerçant traversa la place du village laissant dans son sillage les Kermeleniens. Il monta les quelques marches qui menaient à la porte du temple et fut opposé à un premier problème. En effet, la grande entrée était barricadée et il fallait déjà commencer par enlever tout un tas de planches clouées pour pouvoir pénétrer dans le lieu de culte. Les villageois ne bougèrent pas le moindre petit doigt laissant le boucher se débrouiller seul.

« Grmmmpfff… Et d’une ! Hummpff ! Et de deux ! »

Après un long moment passé à défaire ce que les mains des Kermeleniens avaient fait, Tobo arracha enfin le dernier obstacle à l’ouverture de la porte et la poussa. Un grincement strident et le bruit du bas de la porte frottant sur le granit [2] laissaient penser que ce village aurait bien eu besoin des services d’un menuisier.

Le héros avança un pied dans la pénombre puis deux. Derrière lui, la pluie redoubla, faisant se disperser la petite foule. Tobo s’arma de son plus gros schlass et commença son exploration pour trouver l’entrée de la crypte [3]. La grande salle du temple parut s’obscurcir au fur et à mesure qu’il avançait puis dans un bruit de claquement de porte, l’homme se retrouva dans une obscurité quasi-totale. Seuls quelques cierges lui donnaient un peu de visibilité.

Alors qu’il commençait à rebrousser chemin, il entendit un bruit de clé que l’on tourne dans une serrure puis la voix du vieil édenté, Léonaire Groubold.

« Faut nous excuser mon gars ! On peut pas s’permett’ d’prendre des risques en laissant sortir l’démon. T’auras qu’à gueuler quand tu voudras qu’on t’fasse sortir ! Mais pas sans la tête d’la créature hein ! »

Bien qu’agacé par la situation, le boucher jugea plus honorable de ne rien répondre et se lança à la poursuite de son ennemi sans plus attendre.

 

Suite

 

[1] On voit bien là les limites de la formation de boucher de Tobo. Tout le monde sait que la bavette se taille dans les flancs de l’animal.

[2] Le granit est une roche très utilisée en Breizhie. La légende veut que les Nains aient réussi à en extraire de l’alcool. Fait assez remarquable pour qu’il en soit fait mention dans cette histoire.

[3] Plus tard Tobo avoua avoir regretté un bref instant ne pas avoir demandé un plan des lieux.

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22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 16:09

Je garde encore un très bon souvenir de la charcuterie que j’ingurgitai lors d’une escale que je fis à Kermelen, en Breizhie orientale. Toutefois, ce n’est pas pour parler boustifaille que j’use l’encre de ma plume mais pour vous conter une légende qui concerne directement ce petit village.

 

L’Antre du Démon

 

Chapitre I :

 

Il y a bien longtemps, les bouchers itinérants étaient légions sur la Boule d’Awhan. Pas une semaine ne se passait sans que les habitants des villages, même les plus reculés, ne puissent se réapprovisionner en barbaque plus ou moins fraîche. Ces artisans vivaient alors des heures prospères et fascinaient aussi bien les jeunes gens attirés par une vie aventureuse que les donzelles excitées par l’idée de se faire étreindre dans des bras musculeux. Ainsi, il n’était pas rare que les bouchers passent la nuit en charmante compagnie dans la chambre la plus luxueuse de l’auberge du coin.

Tobo Courbrain était l’un d’eux. En fait, il débutait dans le métier après une vie de soldat mercenaire. Il s’était dit que découper de la viande sur un champ de bataille ou sur une place de village ne devait pas être bien différent et au moment de se reclasser dans la vie civile, il avait investi toutes ses économies dans une roulotte, un âne et quelques couteaux bien aiguisés. Kermelen était le premier village de sa tournée. C’est là qu’il devait rencontrer ses premiers clients et y vendre ses premiers steaks.

Or au lieu d’être accueilli par de joyeux villageois amenant avec eux une vache ou un mouton, voire une jument boiteuse, Tobo rencontra des gens aux visages inquiets réunis sur la place du village. Un corbeau croassait. Le commerçant craignait alors que les Kermeleniens ne réclament une baisse des tarifs [1]. Après s’être frayé difficilement un passage jusqu’au centre de la foule, il fut apostrophé par un vieillard édenté :

« Bien l’bonjour m’sire l’boucher.

- Bien le bonjour à vous tous ! Répondit fortement Tobo. Vous ne m’avez donc point apporté le moindre agneau à égorger pour remplir vos auges ?

- Non mais nous vous attendions m’sire, répliqua le vieillard d’une voix chevrotante. »

Ce type à la mâchoire dépourvue de dents commençait à foutre sérieusement les boules à notre ami Tobo. Il avait entendu parler de villages où la seule viande que l’on mangeait était la chair humaine de quelques voyageurs solitaires égarés. C’est pourquoi il mit discrètement la main sur le manche de l’un de ses couteaux, prêt à le dégainer pour trancher dans le lard du vieux au cas où il lui viendrait l’idée de lui sauter dessus. Puis un cri provenant du temple s’imposa à la pesante situation.

« GROUIIIIIIIIIIK !!! »

Il ne sera pas dit que les bouchers n’ont pas d’humour et même si la foule s’était mise à tressaillir d’une manière convaincante, Tobo crut à une grosse blague [2].

« Allons ! Cessons les enfantillages et passons aux choses sérieuses. C’est très gentil de votre part toute cette mise en scène pour m’accueillir de manière originale mais…

- Ce ne sont pas des enfantillages ! Coupa une voix rocailleuse. Depuis trois jours un démon hante la crypte de notre temple et nous n’osons plus y mettre un pied.

- C’est la petite Huguette la première à avoir entendu l’démon alors qu’elle priait Awhan ! Renchérit une autre personne en montrant tour à tour du doigt, le temple, une statue à la gloire d’Awhan et une petite scrofuleuse jouant à la marelle devant l’auberge du village [3]. »

Rapidement la conversation tourna au brouhaha, tout le monde avait son mot à dire sur le sujet jusqu’à ce que le boucher se lève, dominant toute la place du haut de sa carriole. Là, un silence durable s’installa. Le regard de Tobo croisa celui du vieux.

« Vous disiez m’attendre mais qu’attendez-vous de moi exactement ? Je ne suis qu’un boucher offrant des services de boucher ! Déclara t-il solennellement.

- Justement vous avez des couteaux ! Et pas des moindres à en juger par celui que vous portez à la ceinture fit intelligemment remarquer l’homme fripé par le poids des années.

- Certes mais mon métier n’est pas de chasser les démons.

- Non mais vous y contraindre ne sera pas des plus difficiles. Nous sommes prêts à vous offrir une réputation qui ruinerait votre carrière avant qu’elle ne commence.

- Ou bien ? Demanda le boucher, curieux de savoir ce qu’il pourrait gagner dans une telle affaire.

- Que diriez-vous d’une échoppe ici même à Kermelen ? J’ai entendu dire que l’commerce itinérant était de plus en plus difficile avec tous les brigands qui rôdent. Faut songer à l’avenir mon gars. »

Le marché était des plus intéressants et si Tobo ne l’avait pas accepté, nul doute qu’un autre l’aurait fait. Il sauta à bas de sa roulotte et s’empressa d’aller toper [4] dans la main du vieil homme.

« Tobo Courbrain, à votre service !

- Léonaire Groubold, doyen du village ! J’savais bien qu’vous accepteriez d’nous aider. V’nez, on va discuter d’tout ça autour d’une bière… »

Alors que les villageois commençaient à retrouver le moral et que tout le monde (ou presque) se dirigeait vers l’auberge, un nouveau cri se fit entendre, comme si le démon sentait sa dernière heure venir.

« GROUIIIIIIIIIK !!! »

 

[Léonaire Groubold, doyen ayant vécu assez longtemps pour se faire tirer le portrait]

 

Suite

 

***

 

[1] C’était monnaie courante lorsqu’un nouveau commerçant débutait sa carrière de lui demander de faire un geste commercial.

[2] Et pourquoi pas ?

[3] Il existe une autre version où la petite Huguette serait en fait une adolescente couverte d’acné qui priait non pas Awhan mais Baldakïn derrière une botte de foin accolée au temple.

[4] Coutume naine que toutes les populations connaissent. Il s’agit de frapper la main d’une autre personne pour montrer votre approbation quant à un marché quelconque.

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